Histoire Celtique

VI. Le déclin des Celtes continentaux

Un recul entamé bien avant Alesia
La fin de l’âge du fer et le début de l’ère chrétienne ont vu un recul important des terres marquées par l’influence celte. Un peu partout, les celtes, qu’ils aient été chassés parfois, ou assimilés aux peuples envahisseurs dans la plupart des cas ont progressivement perdu leur prépondérance culturelle et politique dans la plupart des régions antérieurement occupées par eux.
Déjà, vers les IIIe – IIe siècles, au nord et à l’est, en Europe centrale, ils abandonnaient le terrain face aux Germains et aux Daces, et les royaumes celtiques des balkans disparurent bientôt dans les brumes de l’histoire. Les Galates de Turquie, après quelques années mouvementées, furent également soumis définitivement, et assimilés à la population locale.
Quant aux celtes d’Italie, après leurs guerres incessantes contre Rome jusque le IIIe siècle, leur indépendance ne survécut pas longtemps aux conquètes romaines. Dès le IIe siècle, ils furent entièrement soumis, et une dernière alliance avec les étrusques et les carthaginois pour tenter de se libérer de l’influence de Rome resta sans résultats. Les représailles de Rome furent sauvages, et aujourd’hui encore, rares sont ceux qui se souviennent qu’il y eut des celtes jusqu’aux portes de Rome.
Les celtibères furent soumis dès 133 av. J.C., et de la composante celte de la population, il ne reste rien aujourd’hui. La Galice et les Asturies dans le nord ouest du pays, revendiquent aujourd’hui une celtitude ancienne. Elle n’a rien d’usurpé, au contraire, mais tient plus d’un engouement lié à une mode (qu’il faut encourager, quoi qu’il en soit) que d’une véritable renaissance d’un substrat culturel qui est en fait bien disparu.
Une fois la péninsule ibérique définitivement et entièrement conquise par les romains, nait alors dans leur esprit l’idée de relier par la voie terrestre les deux péninsules. Mais sur le chemin, il y a … la Gaule.

La guerre des Gaules, chronique d’une défaite annoncée

Extrait d'un manuel scolaire du début XX eme du siècle

Il n’est pas utile de gloser des jours entiers sur la guerre des Gaules, tant ses épisodes ont été décrits et rapportés maintes et maintes fois, y compris dans les manuels d’histoire pour enfants. En revanche, il présente quelque intérêt de parler de ses circonstances. Pourquoi la Gaule a t-elle été conquise aussi facilement par César ? Rappellons nous que ce pays immense n’a été soumis que par 50000 légionnaires, accompagnés d’un complément de cavalerie germaine. Il faut ici insister sur les remarquables qualités de stratège de César, face à des gaulois certes de cinq à six fois supérieurs en nombre (l’armée de secours de commios l’Atrébate à Alésia comptait 260000 hommes, dont un grand nombre de cavaliers), mais toutes les tentatives s’avérèrent vaines.
César n’avait de cesse de vanter les qualités guerrières des gaulois (en partie pour gonfler son propre mérite). La réalité est sans doute moins glorieuse, car il faut peut-être penser qu’après plusieurs siècles de sédentarité, les gaulois avaient perdu une certaine habitude de la guerre, en tout cas face à un ennemi de cette habileté. Courageux mais mals organisés, les gaulois n’auraient dans tous les cas pu faire obstacle longtemps aux ambitions romaines, même si César avait été défait à Alésia (comme cela faillit être le cas à certains moments critiques). L’empire Romain croissait sans cesse, et gageons que ce que César n’aurait réussi, son successeur l’aurait achevé (pour exemple, il suffit de songer que malgré plusieurs défaites cinglantes, Rome fini par mettre Carthage à genoux). La soumission de la Gaule, si elle n’était peut être pas inéluctable (encore que …), était de fait plus que probable. Ses conséquences, sont connues : disparition totale des langues celtiques en Gaule vers le Ve siècle (on estime qu’en moins de deux générations, après Alésia, toute l’élite Gallo-romaine parlait latin), assimilation religieuse par la disparition de la classe druidique, et intégration administrative à l’Empire. En un mot comme en cent : latinisation. Car ne nous leurrons pas, si le substrat ethnique de la France est peut-être d’origine gauloise, deux mille ans plus tard, il n’en reste rien, ou quasiment. Qui donc sait encore de nos jours que « Paris » vient de « Parisii », nom de la tribu qui occupait Lutèce ? La seule chose qui nous soit resté à l’époque actuelle, c’est le legs romain : langue, structure politique, culture grecquo-latine, droit, … Cela peut paraître un lieu commun que de rappeler cela, mais il faut avoir à l’esprit la politique patriotique de la troisième République, qui sur bien des points a tenté de ressusciter l’héritage gaulois de la nation française pour rejetter sa composante germanique (assimilée à l’ennemi allemand vainqueur en 1870, et à la noblesse de l’ancien régime. Sur ces questions, voir les développements à venir sur la France dans « les Pays celtes hier et aujourd’hui« ).

Les raisons de la défaite
On a souvent attribué la conquète de la Gaule à des causes plus profondes qu’une simple inferiorité militaire, qui n’a en soi rien d’humiliant, puisque tous les peuples d’Europe succombèrent à un moment ou à un autre à Rome (Carthago Delenda est). On a cru voir dans cette défaite l’illustration d’une Gaule ethniquement déliquescente et arriérée, et militairement décadente. Outre qu’encore une fois cette vision n’échappe pas aux clichés, les causes sont plus probablement intrinsèques à la nature de la société celte elle même. Nous avons déjà insisté sur le morcellement politique des celtes. C’est évidemment là qu’il faut rechercher. L’individualisme des celtes, prompts et courageux au combat mais rétifs à la discipline, fidèles à leur roi mais pas à leur Etat (puisqu’il n’en existait pas) a fait que la Gaule ne pouvait échapper longtemps à Rome, empire de plus en plus puissant, organisé, hiérarchisé, structuré, riche, ambitieux, aux troupes aguerries. D’infériorité, il n’y avait pas. Tout au plus peut on accorder que certains traits de la société celte constituaient des archaïsmes qui l’entravaient sur certains points.
On peut parler de tragédie, et se rappeler avec un pincement au coeur la grandeur de la cour des Princes celtes : tout était écrit bien avant Vércingétorix, et que l’on nomme cela l’Histoire ou le Destin, les choses restent : la Gaule devait être conquise…
Nombreux sont ceux qui pensent que la Gaule a beaucoup gagné à l’intégration à l’Empire : dévellopement culturel, économique, social, juridique… Il est vrai que l’arrivée des romains a certainement accru la prospérité d’un pays, par ailleurs déjà bien nanti. Nul ne peut dire maintenant ce qu’il serait advenu de la Gaule et de l’Europe sans la conquète romaine. Mais il est sur que celle ci a sonné le glas d’un mode de vie et d’une société riche de ses particularités et de ses traits. Il en est tout de même certains pour le regretter.

Cette défaite continuait cependant à produire des effets près de deux mille ans plus tard : les nationalistes allemands du XIXe voyaient en l’absence de soumission des tribus germaniques la supériorité du « sang allemand » (!!!) sur celui des Gaulois (et donc des français). En réalité, ce qui a sauvé les tribus germaniques de la soumission, c’est leur éloignement plus que leur force. Rome, bien que puissante, ne pouvait et ne voulait indéfiniment étendre son Empire et contrôler tous ces territoires, souvent pauvres et sans intérêt stratégique. L’exemple de l’Ecosse et de l’Irlande l’illustre tout autant. Si Rome ne les a pas conquise (alors qu’elle en connaissait bien sur l’existence), c’est qu’elle n’en voyait pas l’intérêt.

A l’aube de l’ère chrétienne, les celtes, après avoir dominé la majeure partie de l’Europe, sont soumis sur le continent. Restent les îles britanniques, dernier refuge des gaulois insurgés fuyant le joug romain. Cesar y fit certes deux débarquements, en -53 et -54 (le premier fut proche de se solder par un désastre ; gravure ci-contre), mais ne tenta pas la conquète de l’île. C’est Claude, qui en 43 envoya les premières troupes d’invasions. Malgré la résistance de héroïque de Caratacus, le Vércingétorix breton, et des ses hommes, l’île finit par être partiellement envahie. Mais la romanisation resta en Bretagne insulaire superficielle, et n’atteignit pas les régions excentrées de l’île (Cornouailles, Pays de Galles, et surtout Ecosse). La question des celtes des îles britanniques sera traitée de manière plus appro- fondie dans la partie suivante.

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Written by GEDEØN

2 novembre 2009 à 12:52

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