Histoire Celtique

III. La société celtique

Une société qui garde beaucoup de ses mystères…
Il peut paraître assez difficile, deux millénaires après, de parler de la société celte. Celle ci nous reste sur certains points encore relativement inconnue, même si les travaux les plus récents permettent de cerner de mieux en mieux la nature et la réalité de cette société (voir l’exemple de la Belgique celtique, texte de Georges Timmermans). L’Ecosse clanique et l’Irlande gaélique, qui survécurent dans certaines zones reculées jusque aux XVIIe – XVIIIe siècles, fournissent de bonnes indications, mais les sociétés celtes insulaires ont toujours été assez particulières, à la marge du monde celte. Pour se renseigner sur la Gaule, les textes sont assez rares, et les seuls témoignages précis sont ceux de quelques romains ou grecs ayant été au contact des tribus gauloises. L’un d’entre eux, celui de César lui même, dans ses « Guerres des Gaules », fournit beaucoup d’indications très précieuses. Il est cependant à prendre et a toujours été pris avec un certain recul par les historiens, César ayant souvent été soupçonné d’avoir forcé le trait dans ses descriptions des gaulois afin de les rendre plus impressionants pour ses concitoyens, conférant ainsi à sa victoire sur ces « barbares » plus de valeur.

La société celte païenne était elle plus violente que la société chrétienne ?
On a souvent décrit les celtes comme une société par essence violente, faite de bagarres (pour des histoires de poisson pas frais dans certaines bandes dessinées), de conflits tribaux, et de moeurs douteuses. La raison de cette incompréhension tient plutôt à une certaine méconnaissance, ou à une volonté ethnocentriste d’examiner des faits historiques à l’aune de nos propres préjugés culturels. Il est totalement absurde d’émettre un jugement de valeur sur des faits déroulés il y a plus de 2000 ans, en prenant pour axiomes les préceptes hérités de notre éducation, qu’elle soit bourgeoise ou populaire.
Disons le tout net : oui, les druides effectuaient parfois des sacrifices humains ; oui, les guerres tribales existaient. Et alors ?!? La sévérité avec laquelle on juge les moeurs celtes n’a d’égale que le silence que l’on pratique sur les crimes de l’Eglise chrétienne et l’indulgence vis à vis des pratiques de la société romaine et de la notre. Et encore une fois, outre que de telles pratiques étaient répandues ailleurs à cette période (ce qui ne les rend certes pas moins cruelles), cela n’a pas de sens de les juger. Que l’on admire ou que l’on rejette, les faits sont là, et il faut les étudier sans a priori.
Certes, il y avait des sacrifices humains dans la religion celte. Outre que ceux ci étaient devenus rares au moment de la conquète romaine, on ne sacrifiait en général que des prisonniers de guerre ou des criminels. En outre, il n’apparaît pas plus choquant de sacrifier un criminel à ses dieux que de bruler un simple « hérétique » au nom d’un autre. Les romains s’étaient déjà servi de cet argument pour dénoncer la barbarie des moeurs gauloises au moment de la conquète. Il n’est pas inutile de rappeler qu’eux même en pratiquaient auparavant (comme tous les peuples indo-européens, et comme tous les peuples antiques en général), et qu’ils n’avaient été interdits à Rome qu’à partir du Ie siècle avant J.C. En outre, rappelons que si on ne sacrifiait plus pour la religion à Rome, on faisait se massacrer des gladiateurs (et parfois quelques chrétiens) dans les arênes pour le plaisir des sens. Rappelons pour mémoire que l’Eglise chrétienne et son « Dieu d’amour » n’a jamais prohibé la peine de mort, et que sous un vernis de non violence, elle a encouragé, et surtout pratiqué beaucoup d’executions violentes, provoqué des guerres, autorisé des déportations massives (voir la controverse de Valadolid ou, ayant décrété que finalement, les indiens étant des hommes pourvus d’une âme, on ne devait les réduire à l’esclavage, l’Eglise autorisa alors la traite des noirs pour les remplacer), passé sous silence plusieurs génocides …

Les sacrifices humains, mythe ou réalité ? (dessin D. Guisérix)

Jamais les celtes n’ont tué au nom du paganisme druidique : le fanatisme religieux est un phénomène monothéiste, lié à la structure intrinsèquement close du discours de ce type de religion, fondé sur un principe moniste et exclusif : s’il n’y a qu’un seul Dieu (avec un « D »), c’est que c’est forcément le meilleur, et pour tout le monde. Léon Poliakov, dans son Histoire de l’antisémitisme, fait remarquer que le monde chrétien se voulait dès les origines bati sur la morale d’un texte pronant l’amour du prochain, le partage, et le rejet de la violence, alors que l’Islam, par le Coran, disposait d’un texte au contenu plus vindicatif, plus conquérant, guerrier et pronant la Djihad. Pourtant, c’est en occident que le fanatisme et l’intolérance apparurent en premier lieu. Les massacres et les pillages qui accompagnèrent les croisades en sont le témoin. Des cas de barbarie innommables furent rapportés à la prise d’Antioche en 1098 par les francs. On signale des cas de cannibalisme massif à Maara, les arabes insistant souvent dans leur description sur le caractère littéralement barbare des croisés francs (Voir les croisades vues par les Arabes, par Amin Maalouf, Lattès Paris 1983).
De manière générale, on peut dire que la société celte ne fut pas plus violente que n’importe quelle société antique, ou que n’importe quelle société. Elle ne fut certainement pas plus violente que notre monde actuel. Elle fut différente, et c’est pourquoi elle reste inhabituelle pour nous. L’objet de ce site est aussi de la réhabiliter.

La tri-partition de la société celte
Comme toute société indo européenne, elle était divisée en trois ordres, trois fonctions : spirituelle, guerrière, et productrice. Toutes avaient un rôle bien défini, mais n’étaient pas forcément hermétiques. La société n’était pas sclérosée, et il était possible à un paysan de devenir noble ou druide. Si dans la majorité des cas, un bon roi était fils de roi, et un druide fils de druide, la tradition n’était pas absolument contraignante. Car si certains ont pu véhiculer à propos des celtes l’image d’une élite guerrière et spirituelle maintenant la plèble dans l’oppression, cette vision trop teintée par notre histoire médiévale et par la réalité romaine a été dépassée par les travaux les plus récents.

1 – la classe productrice

Torque 3e siecle/1er siècle avant J.C Cote cliché 00.012480, Paris, musée national du Moyen Âge - Thermes de Cluny

Cette « classe » productrice restait assez silencieuse, sinon soumise, mais il ne s’est en aucun agi d’esclavage ou même de servage. Si certains détenaient la réalité du pouvoir politique, les artisans et cultivateurs n’en étaient pas moins très estimés pour leurs compétences, surtout si l’on a l’esprit les qualités de ces artisans celtes, dont les productions qui s’apparentent à de véritables oeuvres d’arts iront bien au delà de la zone de population, et souvent au delà des limites de l’Europe. Ch. J. Guyonvarc’h et F. Le Roux l’exposent ainsi :  » si elle assigne à chacun une place précise selon son rang ou son mérite, l’Irlande ignore – comme devait l’ignorer la Gaule – la définition romaine des artes liberales et des artes serviles. Etait honorable et honoré quiconque était détenteur d’un savoir ou d’un savoir faire, intellectuel ou manuel. Il faisait partie des àes dàna ou « gens d’art » et il est prévu le cas ou un forgeron a droit, à cause de sa compétence professionnelle, au titre de « docteur » (ollam), ou même de druide (druigoba), le nom du druide étant ici un simple préfixe superlatif ». Aristocratie il y avait donc, mais point de tyrannie, et sur bien des aspects, la société celte antique apparaît moins inégalitaire que la société médievale. Quant à la composition de cette classe productrice, on a pu par le passé penser qu’elle provenait des peuplades originelles envahies et soumises. Outre qu’une telle situation ne peut subsister que quelques générations (comme ce fut le cas pour les francs lors des invasions germaniques, qui furent rapidement mélés aux populations gallo-romaine de souche) rien actuellement ne permet de dresser un schéma aussi simpliste.

Guerrier celte, illustration Didier Guiserix, extraite de Légendes celtiques, Descartes éditeur

2 – La classe guerrière
Dans l’importance matérielle, la classe guerrière arrivait en tête : soumise à des attaques régulières, la survie de chaque « cité » gauloise dépendait de cette élite armée. Les celtes construisaient pour se défendre des forteresses, « oppida« , ou se regroupait l’ensemble de la tribu, ou encore des forts ou des places fortifiées à vocation uniquement militaires . C’est réfugié dans celle d’Alésia que Vercingétorix finit par se rendre à César. Mais c’est grâce à celle de Gergovie qu’il infligea à César sa plus grande défaite.
La Tribu avait à sa tête un roi (« Rix », « Ri » en gaëlique) généralement élu par les nobles, au moins dans la période la plus ancienne de la monarchie, sous le contrôle des druides. Le pouvoir politique résidait entre ses mains, mais n’avait rien d’absolu : le roi aussi était soumis à de nombreuses règles, interdits (Les geis, gaesa en Irlande) ou obligations à caractère magique, qui encadraient ce pouvoir. Et la violation de ces interdits entrainaient souvent la perte du pouvoir pour ce roi. Il n’était pas rare que ce roi soit renversé par un guerrier plus jeune et plus fort que lui. Une coutume en particulier, Curadmir, « la part du champion » (petit lexique celte) consistait lors du banquet à réserver la meilleure part au plus fort des guerrier, généralement le chef, libre à n’importe lequel des convives de la revendiquer, quitte à en découdre physiquement pour décider qui serait le plus fort.
Le roi celte n’avait de pouvoir que politique, la sphère religieuse restant totalement hors de son empire. Maître de ses guerriers et de ses clients, le pouvoir spirituel ne lui était en aucun cas soumis, au contraire. Le chef devait souvent s’incliner devant la volonté des druides. L’organisation hiérarchique se présentait de manière assez classique, chaque roi ayant à son service un certain nombre de nobles, chacun d’entre eux pouvant compter sur la fidélité d’un certain nombre « d’ambacts » (petit lexique celte). Comme dans la plupart des sociétés antiques, les rapports de hiérarchie sociale étaient donc fondés sur une idée de puissance physique, et tout homme ne valait qu’autant qu’il puisse avoir une utilité guerrière pour la collectivité. Ainsi, l’infirme, donc en principe inapte au combat, ne pouvait rester sur son trône, et a fortiori devenir roi. Nuada, le roi des Tuatha Dé Danann, dans le cycle mythologique du Lebor Gabala, le Livre des conquètes, perdit son bras à la bataille de Mag Tured, bien qu’il fut vainqueur. Il perdit alors le trône, mais le regagna peu après, contournant l’interdiction en se faisant fabriquer un bras en argent par Dian Cecht (pour le récit de ce cycle, voyez le site du maître des clefs pour une version complète du Lebor Gabala) .
Ce système de valeurs peut paraître primitif, mais à bien y réfléchir, la citoyenneté athénienne, sur un mode certes différent, y faisait appel, car ce qui caractérisait l’athénien par rapport au « métèque » et qui lui donnait donc le droit de participer à la vie publique, c’était le fait que le citoyen ait à participer à la défense de la cité. De plus, ces moeurs qui peuvent sembler marquées par la brutalité restaient malgré tout entourée par des règles morales et religieuses. Ces règles différaient évidemment profondément de celles que nous imposent nos valeurs judéo-chrétiennes, mais existaient tout de même, en raison du contrôle puissant qu’exerçaient les druides sur l’activité des hommes.

3 – L’importance de la classe sacerdotale
Au plan religieux, la société celte présentait sans doute autant de subtilités et de particularismes locaux qu’il y avait de tribus. Les peuplades celtes avaient outre un panthéon commun, un certain nombre de dieux locaux, souvent hérités des peuplades antérieures à qui elles s’étaient agrégées. Sans anticiper sur la question de la religion, qui fait l’objet d’un chapitre propre, il faut tout de même la mentionner. Car ce qui caractérise sans doute les celtes au premier chef est leur profonde spiritualité, et la prédominance de la classe sacerdotale dans l

L'attaque des druides réfugiés sur l'île d'Anglesey, en 61 après J.C. Les romains, particulièrement sauvages, massacrèrent femme et enfants

a vie politique, qui était en grande partie comprise dans son aspect spirituel.
Le druidisme marquait en fait profondément tous les esprits, et la religion conditionnait l’organisation politique de la tribu. En effet, le personnage de premier plan au sein de la tribu était sans doute le druide, représentation terrestre des Dieux. Peut-être plus que celle chef, sa parole était respectée, car même si le roi détenait le pouvoir de décision, l’autorité morale du druide était immense ; il est probable que rien ne se faisait contre son avis. De plus, lorsqu’une question était débattue, il était toujours celui qui prenait la parole le premier, avant même le roi. La société celte avait constitué la classe sacerdotale en un véritable instrument de pouvoir politique, bien plus que la société médiévale, ou coupée des réalités, elle avait fini par n’avoir d’autorité que dans l’espace que lui laissait l’aristocratie. César ne s’y trompa pas, et plus que dans ses chefs, il vit dans les prêtres des celtes les ennemis à abattre, la liberté spirituelle devenant garante de leur indépendance politique. Lors de la Guerre des Gaules, il n’eut de cesse de lutter contre les druides, les pourchassant sans relâche. Et lorsque les Romains envahirent la Bretagne insulaire, ils massacrèrent les druides (souvent originaires de gaules, chassés par la colonisation romaine) réfugiés sur l’île de Mona (Anglesey), en mer d’Irlande (voir image ci-contre).

L'écriture oghamique, faite d'une succesion de traits paralèlles sur une ligne, est apparue en Irlande.

Les interdits religieux régissaient donc aussi la vie sociale. L’un d’entre eux, notable, a fait couler beaucoup d’encre (!) : l’interdiction de l’écrit. Les celtes considéraient en effet la tradition orale comme signe de la vie, de l’évolution du savoir, et la fixité de l’écrit, son intangibilité se trouvait être assimilée à la mort. L’écriture était donc prohibée pour quoi que ce soit, vie spirituelle comme matérielle. Il ne faut pas voir là une quelconque infériorité culturelle : il exista bien un alphabet celte tardivement en Irlande, dit alphabet oghamique (du dieu Ogma), mais son utilisation était reservée à certaines rares hypothèses : inscriptions funéraires, certaines formules sacrées… C’est pourquoi au contraire des sociétés romaines ou grecques, le monde celte nous est si mal connu. Non pas que les celtes, à tout le moins leurs érudits, fussent illettrés (d’autant plus que les druides gaulois connaissaient généralement le grec ou le latin), mais la vie spirituelle débordant largement sur le plan matériel, l’interdit religieux prenait le pas sur certaines nécessités matérielles. Seule la colonisation et les premier écrits en caractères latins donnent quelques indications, mais ils restent rares. Un ouvrage les a recensé (Jean Paul savignac, les Gaulois, leurs écrits retrouvés : Cecos ac Caesar, Merde à César, La Différence, Paris 1994).

La société celte se caractérisait en revanche par un gout profond pour la musique et la poésie, illustration de la transmission orale de leur savoir. La métrique et les rimes servaient ainsi à mémoriser les légendes, formules magiques, et tous les savoirs divers. Une classe particulière de druides, les bardes, officiait dans la cour des princes celtes, interprétant les aventures des dieux des héros légendaires. La tradition bardique survécut à la disparition du druidisme théologique, et renaît de nos jours avec le renouveau de la musique traditionelle celte. C’est cette renaissance, témoin de la vivacité de la culture celte, qui est certainement à l’origine de l’engouement pour le monde celte en général (photo ci-contre : « Harpe de Brian Boru », célèbre chef Gaélique, roi de Tara, qui résistat victorieusement aux invasions scandinaves au Xe-XIe siècles. Cette attribution populaire est en réalité tout à fait éronnée, puisque cet instrument, conservé à la bibliothèque de Trinity College à Dublin, date des XVe ou XVIe siècle, âge vénérable au demeurant). Le chant et la poésie recouvraient et recouvrent encore beaucoup d’importance chez les peuples celtes

Le monde celte, une société de commerce
Le monde celte fut donc une société spirituelle, mais aussi commerciale. Les échanges furent intenses, les produits celtes (matières premières et produits finis) étant très prisés des monarques et des privilégiés du bassin méditéranéen (voir la carte des routes commerciales). On a retrouvé de nombreux objets celtes d’ornement ou d’usage courant dans des régions assez éloignées des zones de peuplement celte (Grèce, Danemark, Italie, …). La cour des princes celtes, au cours de cet « âge d’or » regorgeait sans doute de nombreuses richesses, et les convois de marchands divers sillonaient la Gaule bien plus surement qu’à certaines époques du moyen âge. Les échanges n’étaient d’ailleurs pas à sens unique, puisqu’on a retrouvé de nombreux objets grecs dans les tombes des rois gaulois, comme le cratère de Vix.

Le mode de vie des celtes
Sur le mode de vie des celtes, grâce aux progrès de l’archéologie, on sait plus de choses, à commencer qu’ils étaient surtout des agriculteurs et des éleveurs, principalement en Gaule, qui était déjà avant l’invasion romaine un pays riche et fertile. Sur le plan technique, les celtes ont à leur crédit un certain nombre d’innovations techniques.
Les forgerons celtes, pour commencer, étaient réputés. La maîtrise de la  métallurgie du fer donna sans doute aux celtes un avantage militaire de premier ordre sur les peuplades antérieures de l’Europe, celle-ci n’ayant pas encore été touchée par la révolution du fer. De manière générale, les celtes maîtrisaient particulièrement bien l’industrie des métaux, et les tombes des princes et des princesses celtes qui ont été retrouvées (comme celle de la princesse de Vix, morte vers -480) témoignent de l’extravagance des rois celtes, de leur richesses et de leur raffinement, quoi qu’on en dise. Les arts de la table, par exemple, montrent aussi un haut degré de maîtrise technique Ces tombes recèlent en outre nombre d’artefacts d’origine méditerranéenne, grecques ou autre…
L’essentiel de la population, cependant, se composait de gens au mode de vie plus simple, agriculteurs, éleveurs, artisans… Leur habitat se composait assez simplement de huttes , regroupées au coeur d’un village ceint d’une palissade, ou d’un oppidum, cité fortifiée généralement située sur une butte.

Une société soudée, mais un environnement politique divisé
Mais ce qui caractérise surtout l’organisation sociale du monde celte dans son ensemble, c’est son absence d’unité politique. Toutes les tribus étant totalement indépendantes, sur un même territoire, elles en venaient à s’affronter, ou même à combattre dans des camps opposés, comme ce fut le cas dans la guerre des Gaules : un certain nombre de peuples gaulois comme les Rèmes combattirent tout au long du conflit au coté des romains, et Vercingétorix ne parvint jamais à faire l’unité totale de la Gaule derrière lui.
L’Irlande avait à sa tête un Haut Roi (Ard Ri), mais cette fonction restait plus spirituelle et symbolique que réellement politique. L’esprit celte était marqué d’un profond désir d’indépendance, de liberté, et aucun peuple n’entendait s’aliéner à un chef autre que le sien, fut-il romain, ou gaulois. Ainsi les belges refusèrent-ils de rallier Vércingétorix, car ils étaient décidés à vaincre César seuls, et plus tard. Commios l’Atrébate, certes, finit par se rallier, mais sonna le rappel du ban un peu tard pour venir porter efficacement secours à Vercingétorix, prisonnier dans les murs d’Alésia.
Plus qu’une certaine indiscipline ou une inorganisation des guerriers gaulois, c’est cette division du monde celte qui rendit sa conquète possible. Les romains n’avaient qu’un ennemi à combattre à la fois, et chaque tribu n’en venait à prendre les armes que quand sa propre liberté était menacée. Ce constat est particulièrement vrai pour la conquète de la Bretagne insulaire, ou les romains n’eurent face à eux pendant un certain temps que le roi celte Caratacus, chef de la tribu des Silures, lors de leur arrivée sur l’île. Boadicaé, la Reine des légende, ne prit les armes qu’après le viol de se filles par les légionnaires et le massacre des druides sur l’île de Mona (Anglesey) en 61 (voir plus haut). Son père, Prasugatos, roi des Icènes, croyait être à l’abri de ce genre d’exaction en raison de son amitié pour les romains. Mal lui en prit.
César put ainsi conquérir la Gaule avec quelques milliers d’hommes bien entrainés. Mais lorsque la révolte mené par le chef Arverne parvint à réunir un grand nombre de tribus (loin cependant d’une unité totale de la Gaule), les légions romaines vacillèrent, mirent genou à terre à Gergovie. Seule une reprise en main énérgique de César, et le retard de l’armée de secours menée par Commios l’Atrébate lui permit de remporter une victoire décisive à Alésia.
On a pu analyser cette absence de solidarité des celtes comme un manque de maturité politique. Ce n’est pas tout à fait faux, mais encore une fois, il ne faut pas examiner tout cela au travers de nos propres conceptions. Les romains eux mêmes n’avaient fait l’unité de l’Italie que grâce à la force de leurs armées, et il était habituel dans le monde antique de voir chaque peuple ainsi divisé. Les cités grecques elles mêmes n’étaient pas souvent unies (excepté face aux perses), et tombèrent aussi devant les romains. Les royaumes unifiés étaient rares, surtout dans le nord de l’Europe. Rappelons nous tout de même que ce que nous nommons patriotisme, ou sentiment national, n’est apparu en France qu’à la fin du moyen âge, à l’occasion de la guerre de cent ans.

La femme celte
Il faut mentionner un dernier aspect de la société celte : la femme, tant il est vrai que plus de la moitié des hommes en sont. On s’accorde à dire que la situation de la femme celte fut notablement meilleure qu’à Rome, et bien plus que dans la société chrétienne médiévale. La monogamie étant la règle chez les celtes (comme dans toute société indo-européenne), son statut, en Gaule comme en Irlande, différait peu de celui de l’homme : Elle pouvait en effet être propriétaire de ses terres, et pouvait même parfois porter les armes. Il n’était pas en outre une quelconque nécéssité de « pureté » lors du mariage (comme ce pouvait être le cas pour les Flamines, à Rome). Certaines femmes celtes célèbres furent même reine, et pas des moindres (Medb, reine d’Ulster, ou Boadicae, voir plus haut).
Il faut aussi se souvenir que c’est la femme celte qui a légué à l’Europe chrétienne le mythe de l’amour pur et magnifique, absolu et librement choisi, par les légendes arthuriennes, mais aussi celle de Tristan et Yseult, de Deirdre et Naisi… La femme celte est bien la représentation de cet idéal de beauté, de courage et de fidélité (beaucoup d’entre elles préfereront la mort plutôt que de survivre à celle de leur amant), qui animait le monde et l’esprit des celtes en général, hommes et femmes. La femme celte n’était pas l’égal de l’homme (les celtes n’ont pas inventé la parité…), mais son statut était probablement moins mauvais que dans le reste du monde antique.

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Written by GEDEØN

5 novembre 2009 à 12:49

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