Histoire Celtique

II. L’expansion de l’âge du Fer

Apparition et provenance des peuples celtes
Les Celtes entrent dans l’histoire au Ve siècle avant J.C. C’est à cette époque que les grecs, comme Hécatée de Milet (vers 500 av. J.C.) ou Hérodote d’Halicarnasse (vers 450-430), rapportent pour la première fois leur existence en les différenciant des autres peuples « barbares » qui occupent le nord de l’Europe. Les « Keltoï » sont alors selon lui grosso modo les peuples qui occupent le nord des alpes.

Reconstitution d'habitat de l'âge du bronze moyen (1500-1200 av. J.C.). C'est dans ce genre de hutte que vivaient sans doute les premiers Celtes. Cliché publié avec l'aimable autorisation de l'archéodrome de Villeneuve d'Ascq

Cependant, il faut bien comprendre que « apparition historique » n’est pas synonyme d’apparition au sens strict. Ce n’est pas parce que les premiers témoignages ne datent que de cette époque que l’on se doit d’y situer la naissance des celtes en tant que peuple. Les chercheurs s’accordent en général pour la faire remonter aux environs du XVe siècle av. J.C., à une période située dans une phase que l’on nomme proto-historique (c’est à dire à la charnière de la préhistoire et de l’histoire. Celle-ci avait commencé en Asie mineure et en Égypte, puisque l’écriture y était déjà apparue, mais l’Europe restait encore Terra incognita). Les dates restent encore relativement discutées, cependant, car certains font remonter l’apparition des celtes au début du IIe millénaire.
Quoi qu’il en soit, l’apparition des celtes correspondrait plus ou moins à un age du bronze moyen (à partir du milieu du IIe millénaire av. J.C.). Les témoignages archéologiques permettent en effet de manifester à cette période une certaine unité dans les caractéristiques des artefacts découverts dans une zone géographique située approximativement entre le bassin rhénan, la Bavière, et le Danube. Si on ne peut trouver dans cet ensemble culturel toutes les caractéristiques de ce qui constituera un peu plus tard le peuple celte, on peut malgré tout parler de proto-celtes (comprendre « presque celte »), sans que l’on puisse définir avec précision leur appartenance ethnique ni leur aire d’extension. L’indice principal de la celticité, la langue, ne peut en effet être détecté si loin dans le passé, mais un certain nombre d’éléments vont dans ce sens.
C’est probablement à cet endroit qu’il faut localiser le foyer originel d’expansion des celtes, ou ils se sont au cours des siècles clairement singularisés en tant qu’individualité culturelle par rapport aux autres peuples indo-européens, et notamment les italiques, auxquels ils se rattachent plusparticulièrement au plan linguistique. Si la question de la localisation de ce « berceau des celtes » a pu être discuté dans le passé, il fait actuellement l’objet d’une relative unanimité.

Les celtes et les civilisations antérieures

La question qui se pose en la matière est en fait de savoir dans quelle mesure l’on peut rattacher aux celtes un certain nombre de cultures proches qui les précedèrent sur les territoires qu’ils conquirent par la suite. On a en effet constaté que

Tumulus du 1e âge du fer, surmonté d'une statue en grès, à Kilchberg (Bade-Wurtemberg)

quelle que soit les tentatives, le modèle classique qui consistait à présenter la celtisation de l’Europe comme la résultante de vagues successives de mirgants en provenance du « berceau » des celtes à partir du début du Ie millénaire ne suffisait pas à décrire la réalité observée, tant au point de vue archéologique qu’historique. Comment expliquer par exemple l’apparente antériorité du peuplement celtique de la péninsule ibérique ?

Comment expliquer la facilité avec laquelle se seraient implantées les langues celtiques dans les régions conquises par eux, quand on sait le temps qu’il faut à une langue pour en supplanter une autre ? Comment expliquer l’absence de traces visibles de mutation culturelle inévitablement engendrée par toute invasion dans une île au peuplement et à la culture aussi évidemment celtique que l’Irlande ?
Face à toutes ces questions, les études de certains auteurs comme Venceslas Kruta tentent de montrer qu’en réalité l’invasion de l’Europe occidentale par les celtes historiques (c’est à dire ceux qui se répandirent en Europe dans la première moitié du Ie millénaire, en provenance du « berceau » celtique d’Europe centrale) aurait en fait été précédée dans une grande partie du continent, au centre et à l’ouest, d’un fort substrat proto-celtique remontant à une période bien plus ancienne, d’au moins six à sept siècles. Les celtes historiques, auraient alors en réalité envahi des régions déjà occupées par des peuples proto-celtes, ou culturellement apparentées, c’est à dire parlant une langue proche du celte ancien, et disposant de structures sociales et religieuses tout aussi proches de celles de leurs envahisseurs. Le peuplement celtique de l’Europe serait donc en fait antérieur de plusieurs siècles à l’hypothèse classique, qui la date des environs des VIIe-VIIIe siècle av. J.C.
Certains auteurs présentent ainsi la Grande Bretagne  comme proto-celte dès le XVe siècle av. J.C., en voulant découvrir dans la culture dite Wessex qui y régnait alors des caractéristiques sociales héroïques conformes à celles des premiers mythes celtiques Irlandais. Issue d’un fort substrat non indo-européenne, ce peuple aurait été acquis dès cette époque à des parlers et à une culture indo-européens.
De même, V. Kruta présente un lien direct de filiation entre les celtes et une culture plus ancienne, dite complexe des cultures des tumulus (petite butte artificielle à vocation funéraire). Cette culture, qui occupait la même partie de l’Europe centrale ainsi qu’une partie de la France du centre-est à partir du IIe millénaire aurait d’ailleurs fini par donner naissance aux celtes dit « historiques ». Henri Hubert en 1932, et après lui Emile Thévenot, voyaient déjà débuter les migrations celtiques entre le XVIe et le XIIIe siècle avant J.C. avec l’extension de la civilisation des tumulus (Thévenot estimait en 1950 que les goidels, occupants celtes de l’Irlande, s’y étaient installés au début du IIe millénaire).
Les celtibères seraient ainsi  issus d’une évolution de ces cultures proto-celtiques de l’âge du bronze, plutôt que d’une fusion entre les celtes historiques et la culture précédente (même si les celtes historiques parvinrent et laissèrent des traces visibles d’invasion jusque dans cette péninsule).

Celtes et mégalithes
En revanche, il ne faut pas attribuer aux celtes la paternité des réalisations mégalithiques à qui ils étaient attribuées jusqu’au siècle dernier, mais que l’archéologie et les méthodes de datation modernes ont fini par restituer aux cultures précédentes, antérieures parfois de très loin (Stonehenge, qu’on a longtemps dit avoir été édifié par Merlin l’enchanteur lui même, remonte en fait à plusieurs dizaines de siècles avant J.C). Ce ne sont  pas non plus les celtes qui sont à l’origine des alignements de Karnac. Il faut rendre à César ce qui est à César…
En outre, il ne faut pas confondre le complexe des cultures à tumulus de l’Europe centrale avec les tumulus des îles britanniques, comme celui de Newgrange en Irlande, qui sont de loin antérieurs à l’apparition des peuples celtiques.
Cela ne veut cependant pas dire que les dolmens et autres mégalithes n’aient rien à voir avec les celtes. Ceux qu’ils trouvèrent en arrivant prirent tout de même une importance considérable dans la symbolique et la mythologie.

Tumulus de Newgrange, dans le comté de Meath, République d'Irlande

Si Stonehenge n’a sans doute pas été le lieu de culte druidique que certains se plaisent à décrire, il n’en a pas moins excité profondément l’imagination de ces nouveaux venus. Imaginons les celtes face à une telle réalisation, dont leur propre tradition ne leur en attribuait pas l’édification : ils eurent sans doute tôt fait d’inventer des peuples de géants, ou des dieux aux forces colossales. Par exemple, les nombreux tumulus d’Irlande s’insèrent dans la tradition irlandaise grâce aux Thuatha Dé Danann, les dieux celtes d’Irlande : d’après la légende, ayant été vaincu par les milésiens, ils acceptèrent de leur abandonner l’Irlande. Certains d’entre eux se réfugièrent alors dans des palais qu’ils batirent sous les tertres, et devinrent invisibles aux hommes. On comprend donc bien la signification du tumulus dans la tradition irlandaise des envahisseurs celtes : en arrivant sur l’île, ils y trouvèrent ces tumulus vides, mais impressionnés par ces réalisations apparemment irréalisables par les hommes, ils les attribuèrent à des dieux invisibles (car ces tumulus apparaissant vides, leurs occupant ne pouvaient être qu’invisibles) issus de leur propre panthéon, qu’ils adaptèrent à la physionomie de l’Irlande.
Au final, le résultat reste donc le même du point de vue religieux et ethnologique : les mégalithes et les tumulus d’Irlande ont été celtisés par leur propre tradition, comme le furent les rivières, lacs et montagnes des pays ou ils s’installèrent, et il n’y a rien d’abusif à s’en servir pour illustrer la première page d’un site internet sur les celtes, par exemple…

Tumulus de Newgrange (voir plus haut), dessin en coupe. Un couloir de 19 m de long mène à une chambre encorbellée de 6m de haut encadrée de 3 petites chambres latérales surbaissées. Le monument est entouré d'un cercle de menhirs, dont 12 subsistent encore

Au plan historique, en revanche, il faut rester précis : ce sont les peuples du néolithique et du début de l’âge du bronze, et non les celtes, qui sont les constructeurs de la plupart des pierres levées du continent européen. Il ne faut d’ailleurs pas non plus y voir l’intervention des « extra-terrestres », comme les Robert Charroux et consorts le clament à l’envi (Ce même Robert Charroux, qui trouve tout de même des éditeurs pour publier ses démentielles vaticinations, affirme aussi que les civilisations sud-américaines ont été en réalité fondées par les celtes chassés de Gaule et de Bretagne par les invasions romaines. Sans commentaires…)

Le début probable de l’expansion des celtes historiques
Pour ce qui est de l’expansion celtique proprement dire, c’est à dire celle des celtes historiques,  les auteurs, en s’appuyant tant sur les constatations archéologiques les plus sérieuses que sur la toponymie (étude des noms de lieux), font généralement débuter entre les IXe et VIIe (selon les auteurs) siècles les premières incursions hors de leur bassin originel. C’est cette période qui constitue la fin de l’âge du bronze et le début de l’âge du fer (Pour le détail des évenements survenus aux celtes durant l’âge du fer, allez voir la chronologie).

L’âge des conquètes
C’est donc à partir du bassin originel que les celtes historiques, que nous nommerons maintenant simplement « celtes » par commodité, ont progressivement essaimé dans toute l’Europe, du nord au sud, de l’est à l’ouest (voir carte ci-dessous). On ne connaît pas avec précision les raisons qui poussèrent les celtes à se répandre ainsi : surpopulation, peut-être, ou encore pression de la part des peuples situés plus à l’est… Cette expansion se fit par vagues progressives et successives, une nouvelle vague celte subjuguant soit des peuplades indigènes locales, souvent d’origine non indo-européenne, soit des couches de population celtes plus anciennes arrivées parfois depuis plusieurs siècles (ce fut notamment le cas lorsque les belgae – belges – envahirent vers les Ve – IVe siècles le nord de la Gaule puis le Sud de la Bretagne insulaire, territoires dèjà celtisés aux environs du VIIIe siècle).

L'Europe des celtes. Cliquez pour agrandir

Bien que l’installation de ces peuple migrants ait pu souvent se faire par la force, les envahisseurs se posant alors en nouvelle aristocratie guerrière, il ne faut en aucun cas croire que la mutation culturelle des populations antérieure – indo-européennes ou pas – se fit par le biais d’une élimination physique massive ou même d’un asservissement brutal. De même que les romains n’ont pas « purifié ethniquement » la Gaule (malgré la réduction à l’esclavage de quelques centaines de milliers d’entre eux après la guerre des Gaules), les Celtes n’ont pas exterminé les populations d’origine pour imposer leur langue et leur culture. Il faut plutôt songer à une superposition, voire une symbiose de la culture nouvelle sur la culture ancienne. Cette fusion des cultures aussi rapide s’explique d’autant mieux que comme on l’a vu, ces peuples présentaient souvent un faciès culturel proto-celte.

Les grandes phases de l’expansion : Hallstat et La Tène
On distingue deux phases dans le développement de la civilisation celtique, correspondant à deux stades assez nets de l’évolution de leurs techniques. La première est celle de « Halstatt » (du nom d’une bourgade autrichienne ou furent découvert des vestiges caractéristiques de cette période), qui est la phase la plus ancienne d’expansion, du VIIIe au Ve siècle environ, encore nommée 1e âge du fer. La Gaule fut probablement envahie à cette époque (et re-celtisée par les invasions de l’époque laténienne, voir plus bas), ainsi que la Bretagne insulaire, l’Irlande, et la partie celtique de l’Espagne (Nord ouest du pays).        La seconde phase, ou second âge du fer, période dite de « la Tène » (du nom d’une bourgade suisse), correspond à la période de la plus forte expansion territoriale, et va du Ve siècle jusqu’à peu prés l’ère chrétienne. Durant cette époque, les celtes occupèrent à un moment ou à un autre toute la Gaule (avec des degrés d’intensité dans l’implantation culturelle, comme par exemple en Aquitaine, ou ils cohabitèrent avec les aquitains, ancêtres des basques, non indo-européens, ou prés de la côte méditerranéenne, avec les ligures, que l’on reconnaît généralement comme indo-européens), une bonne partie de l’Espagne, ou ils fusionnèrent avec les Ibères (ou ils donnèrent naissance aux Celtibères), une partie des balkans et de l’Italie du nord, la Bretagne insulaire, l’Irlande, la Belgique, et vinrent même à s’installer dans un petit royaume indépendant en Asie mineure (actuelle Turquie), la Galatie, qui ne résistat cependant pas longtemps et se fondit rapidement dans la masse de la population locale.

Le sac de Rome par les Gaulois en 390 av. J.C. (détail), Paul Jamin, huile sur toile, XIXe s.

Des exploits militaires
Quelques faits d’armes épisodiques méritent d’être rapportés. Ainsi, en 387 avant J.C., Ambigatus, chef des Bituriges qui, quoi qu’en aient pensé les chroniqueurs romains, ne venaient probablement pas de Gaule mais plutôt du bassin originel rhénan, déferlait sur l’Italie du Nord et prit Milan. Un de ses alliés, Brennus, à la tête des Sénons et des Lingons, poussait plus au Sud, et en vint à affronter les Romains sur les rives de l’Allia. La défaite qui s’ensuivit fut cuisante pour la future « ville éternelle ». La route en étant ouverte, Brennus prit Rome, dont la population avait fui. C’est durant cet épisode que les chroniqueurs romains situent le siège du capitole et l’épisode de ses fameuses oies qui auraient sauvé les derniers défenseurs de la ville (les historiens actuels doutent de la véracité de ce dernier rebondissement un peu rocambolesque). Lassé d’attendre une incertaine victoire totale, Brennus autorisa cependant des négociations et accepta de se retirer avec ses hommes en échange du versement d’un lourd tribut en or.
De là provient d’ailleurs une maxime restée célèbre dans l’Histoire : au cours de la pesée, Brennus jeta son épée dans la balance pour augmenter le poids et donc la quantité d’or à verser. Aux négociateurs romains qui protestaient, il répondit sur un ton de défi « Vae Victis« , « malheur aux vaincus ».

Prise du temple de Delphes par les Gaulois, Alphonse Cornet, huile sur toile.

Vers 310, un autre Brennus (ce nom désigne plus la fonction du chef qu’un véritable patronyme, et se retrouve donc souvent chez les celtes), à la tête de 300000 gaulois, guerriers, mais aussi femmes et enfants, passait les Alpes, et descendant le Danube, parvint jusque dans les Balkans, une partie d’entre eux s’y installant définitivement.  Mais une autre menée par Bolgios continua jusqu’en Grèce et envahit la Macédoine. Brennus (nommé Brennos par les grecs) poursuivit de son coté encore plus au sud et défit les armées grecques les unes après les autres. Arrivé jusqu’à Delphes, il mit la ville à sac, ainsi que le temple d’Apollon, ou officiait la Pythie. Une autre version de la légende, moins crédible, dit qu’Appolon lui même serait apparu au moment crucial ou les celtes allaient piller son temple (représentation ci contre). On dit d’ailleurs que ses hommes auraient ramené une partie du butin de ce temple en Gaule, ou il serait immergé dans un lac sacré prés de Toulouse. Brennus, pour sa part, mit inexplicablement fin à ses jours peu de temps après. Vers 278, une partie de ces Gaulois se sépara du reste et alla fonder le royaume de Galatie, en Asie mineure (mentionné plus haut). Ce royaume, qui survécut de manière indépendante pendant plusieurs dizaines d’années, fut cependant définitivement soumis en 166 av. J.C.
Les hauts fait d’armes des chefs celtes sont ceux qui ont laissé le plus de traces dans l’histoire. Les guerriers celtes étaient d’ailleurs très appréciés des Roi et conquérants du bassin méditerranéen. Certains d’entre eux se mirent au service des généraux grecs, ou encore des égyptiens. Mais les qualités guerrières des celtes ne sont pas ce qui caractérise le mieux la société dont ils étaient issus.

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Written by GEDEØN

6 novembre 2009 à 12:48

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