Histoire Celtique

I. Les origines indo-européennes

Une parenté commune pour tous les peuples d’Europe
La question indo-européenne a surgi au coeur des sciences historiques vers le début du XIXe siècle (même si un certain nombre d’études de comparaison avaient déjà dès les XVIIe-XVIIIe siècles entrevu la filiation commune d’un certain nombres de langues européennes), suite à la redécouverte en Inde du sanscrit, langue ancestrale du clergé brahmanique, par l’étude de leurs textes sacrés, les Védas. Les études philologiques se multipliant, les chercheurs mirent à jour par l’étude de leurs formes
antiques la parentée d’un trés grand nombre de langues européennes, perses, caucasiennes, et indiennes. Ces ressemblances, ces rapprochements finirent par montrer sans aucun doute possible l’existence d’un peuple originel parlant une langue unique, et ayant essaimé vers l’occident et l’orient plusieurs milliers d’années avant J.C., à l’origine de la plupart des civilisations européennes. Ce peuple fut nommé « indo-européen » (« Indo-germanique » en Allemagne, encore de nos jours, ce qui constitue aux yeux des chercheurs du reste du monde une vision germano-centriste relativement déplacée et peu scientifique. Peut-être est-il possible d’y voir l’héritage d’un dévoiement de questions purement anthropologiques au service d’une idéologie abominable qu’on ne présente plus, de sinistre mémoire).
Cependant, de nos jours encore, l’indo-européen reste plus une abstraction linguistique qu’un véritable fait historique, car les seuls témoignages archéologiques sont faibles, et l’on ne peut découvrir l’existence de ce peuple (qu’il est difficile de qualifier de « civilisation ») que dans un patient travail de comparaison linguistique. Les principaux indices sont donc linguistiques, et les découvertes archéologiques ne viennent que timidement corroborer les hypothèses émises par les philologues.         Vers la fin du XIXe et au cours du XXe siècle, des travaux de plus en plus précis (dont ceux de G. Dumezil, dont l’apport fondamental aux études indo-européennes fut prépondérant) et l’archéologie permirent de localiser approximativement l’origine de ce peuple dans le caucase actuel, et de situer son éparpillement entre les Ve et IIIe millénaires.

L’espagnol Pedro Bosch-Gimpera émit il y a une trentaine d’année l’idée que cette expansion aurait même pu commencer dans le courant du VIIe millénaire. Actuellement, la communauté scientifique pense plutôt que l’indo-européen aurait eu pour vecteur d’expansion un complexe culturel dit des « kourganes », appellation héritée du type d’inhumation pratiquée par ce complexe culturel (petit tumulus funéraire).

"Carte de l'expansion des "indo-européens"

En réalité, les deux hypothèses ne sont pas forcément contradictoires, et Venceslas Kruta estime que l’indo-européanisation aurait pu se faire en deux vagues successives, la premièreaux alentours du Ve millénaire, voire avant , et se répandre jusqu’en Europe orientale et centrale (ci contre : zone quadrillée), suivie par une deuxième vague aux alentours du IIIe millénaire, qui aurait atteint cette fois ci l’ouest de l’Europe (ci contre : flèches noires). On expliquerait ainsi les différents degrés d’indo-européanisation de l’Europe.

Sur le plan culturel, cependant, cependant, c’est la deuxième vague qui présente le plus d’importance, car c’est elle qui amena en Europe un changement profond, au point de vue culturel : « le cadre des sociétés du IIIe au IIe millénaire av. J.C. correspond bien au type de société qui semble commune à l’héritage de la plupart des peuples indo-européens : elle est marquée par l’émergence progressive d’un hiérarchie dans laquelle joue un rôle fondamental le concept du héros, l’individu exceptionnel que son courage et sa valeur guerrière rendent l’égal des dieux immortels. […] Le IIIe millénaire av. J.C. constitue indiscutablement un moment de rupture nette et radicale dans l’évolution des sociétés de l’Europe ancienne. » (V. Kruta). Ce bouleversement des IIIe-IIe millénaires dans la structure sociale et culturelle des peuple d’Europes a laissé des traces profondes dans notre propre société occidentale.
L’éparpillement et la confrontation des « indo-européens » (évoquant la langue, l’indo-européen, qui est maintenant de mieux en mieux cernée, on ne met pas de guillemets ; pour le peuple, dont la réalité ethnique et culturelle a livré peu de ses secrets, on en utilise) avec les peuples aborigènes provoqua sans doute cette différenciation ethnique qui a abouti à la constitution des grands pôles culturels que connaît l’Europe actuelle : latins, germains, slaves, hélleniques, baltes,… et celtes. Toutes les langues actuelles de notre continent (à l’exception notable du basque, du hongrois, et des langues des peuples finno-ougriens, du nord de la Scandinavie) sont d’origine indo-européenne. Si vous souhaitez connaître une synthèse des derniers développements sur la question des études indo-européennes, suivez le lien que voici vers un article de Bernard Sergent, grand spécialiste de la question, Les Indo-Européens, des parentés linguistiques aux concordances mythologiques.

Danemark, Zélande : casque en bronze, âge du bronze final, début du Ie millénaire

Les celtes, descendants des « indo-européens »
Et les celtes, dans tout ça ? Eh bien, se retrouvent dans leurs traits de civilisation la plupart de ceux qui caractérisent les peuples antiques provenant de la souche indo-européenne, avec une particulière acuité pour certains d’entre eux. On ne peut faire le détail de ces traits, qui sont innombrables (reportez vous pour cela à l’étude B. Sergent, les Indo-Européens, 600 pages, mais que du bon!), mais il faut en souligner deux principaux.
Le premier est évident : la langue. Les celtes font bel et bien partie du groupe indo-européen au plan linguistique. Les ressemblances tant de structure que de vocabulaire avec les autres langues européennes sont nombreuses, en particulier avec le latin. On en est d’ailleurs venu à constituer au sein de l’indo-européen un sous groupe italo-celtique. Ces deux peuples ne se seraient séparés que tardivement, et les langues celtiques présentent des similarités plus prononcées qu’avec les langues germaniques, par exemple. Il serait fastidieux de souligner ces ressemblances les unes après les autres, mais elles ont été maintes fois démontrées. Sans entrer dans toutes les subtilités linguistiques, on peut distinguer deux grands groupes, que nous allons voir ici.

1. LE CELTIQUE CONTINENTAL

Ces langues, maintenant disparues, ne nous sont connues que par quelques inscriptions et noms de lieux.
– Le gaulois était parlé bien entendu en Gaule cisalpine et transalpine.
– Le lépontique était une langue ancienne utilisée par les Celto-ligures. Les ligures étaient un peuple indo-européen qui
peuplait le sud de la Gaule avant l’arrivée des celtes. Leur assimilation fut imparfaite, et consista plutôt en un syncrétisme
entre leur culture et celle des celtes
– Le celtibère était la langue des Celtes installés sur le territoire de l’Espagne actuelle.
Les Celtes de l’antiquité n’utilisaient pas l’écriture et ils n’avaient donc pas d’alphabet propre. Lorsqu’ils le jugeaient nécessaire ils écrivaient en se servant d’alphabets étrangers (grec ou latin pour le gaulois, étrusque pour le lépontique, ibère ou latin pour le celtibère).

2. LE CELTIQUE INSULAIRE

Ce groupe se divise en deux branches
– La branche gaélique
L’irlandais existe encore, bien qu’il ait subi des transformations, et reste parlé dans l’ouest du pays.
L’écossais et le mannois – ou manx – (Ile de Man) se sont distingués de l’irlandais très tardivement (au Moyen Age). Le picte (peuple occupant le territoire de l’Ecosse jusque vers les Ve – VIe siècle, avant d’être subjugués par les Scots, venus d’Irlande) faisait peut-être partie de la branche gaélique bien qu’on ne soit pas certain de l’origine celte de cette langue, totalement disparue depuis le début du moyen âge.

– La branche brittonique, probablement plus proche du gaulois que du gaëlique au plan de l’apparentement linguistique.
Le gallois a eu une grande importance et il continue à être parlé.
Le breton a été parlé en Grande-Bretagne avant d’être introduit en Armorique par les Bretons, lorsque ceux ci revinrent sur le continent vers les IVe-Ve siècles.
Le cornique (des Cornouailles, au sud-est de l’Angleterre), proche du breton, s’est éteint au XVIIIe siècle, mais est à nouveau enseigné et recommence à être utilisé.

La tri-partition fonctionelle, marque de « l’indo-européanisme »
Deuxième aspect : les sociétés archaïques (et encore certaines sociétés modernes) ayant pour ancêtres les indo-européens présentent toujours une structure divisée en trois fonctions : prêtres, guerriers, et producteurs : la tri-partition fonctionelle (elle se retrouve dans d’autres cultures non indo-européennes, mais jamais avec une telle vigueur et une telle importance) découverte principalement par G. Dumézil. En effet, tous les peuples indo-européens se trouvent à divers degrés scindés en trois catégories sociales souvent assez hermétiques. Il suffit de songer à l’Inde védique, dont il subsiste des traces très visibles encore de nos jours dans « la première démocratie du monde » (par le nombre d’habitant) : la société sépare nettement les classes supérieures (brahmanes, prêtres, et les nobles) et les sous classes, les intouchables. Songeons encore à la reconstitution au cours du moyen âge de trois ordres bien séparés, alors que l’Empire Romain avait gommé ces divisions (cette tripartition avait en effet fini par s’effacer – tout en subsistant de manière marginale – à Rome et en Grèce, bien qu’elle existat pleinement dans la période la plus ancienne de ces civilisations). Il ne faut pas y voir un hasard : ce genre de structure sociale s’est reconstituée tardivement en occident parce qu’elle correspond à la structure de la société qui fut à l’origine de toutes les nations européennes. Cette forme sociale a disparu en France il n’y a qu’un peu plus de deux siècles. En Irlande, la transition fut assez particulière. Ayant été épargnée par les invasions romaines, l’île avait en effet conservé une structure sociale assez proche de sa forme originelle indo-européenne, et lors de l’arrivée du christianisme, c’est assez facilement et tout aussi rapidement que la classe druidique se convertit massivement au christianisme (en seulement vingt cinq ans, d’après les chroniqueurs du moyen âge), formant ainsi l’armature de la nouvelle Eglise d’Irlande. La tri partition subsistat donc telle quelle, la seule chose qui eut été modifiée fut la religion.
Les celtes n’échappent pas à ce standard de la tri-partition, puisqu’existaient chez eux trois fonctions bien séparées : druides, guerriers, et paysans. Il faut d’ailleurs apporter une attention toute particulière pour la fonction druidique, qui était sans doute la plus importante des trois, un peu à la manière de l’Inde védique et au contraire du moyen-âge, ou la noblesse recouvrait une importance plus large au plan politique que le clergé . La société celte sera détaillée plus après (III).

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Written by GEDEØN

7 novembre 2009 à 12:46

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