Histoire Celtique

LA BELGIQUE CELTIQUE

Le texte suivant est l’oeuvre de M. Georges Timmermans, membre de la Société Belge d’Etudes Celtiques, qui nous en a proposé la mise en ligne. Il constitue une synthèse personnelle des questions soulevées par la présence des celtes en Belgique et des développements plus récents liés aux recherches scientifiques.

L’interdisciplinarité entre l’archéologie, les sciences de la nature et diverses autres techniques, permettent actuellement une meilleure lecture du matériel des fouilles effectuées en Belgique. Le paysage reconstitué permet de préciser les régions où l’élevage, la culture des céréales, ou l’exploitation forestière étaient dominants. Nous sommes bien loin d’une Belgique couverte essentiellement d’une forêt impénétrable et de terres marécageuses.
L’histoire de la Belgique remonte au moins à l’époque de La Tène, quand tribus celtiques et germaines se côtoyaient déjà, se mêlant (pas toujours pacifiquement) à des Celtes « germanisés » et à des Germains « celtisés ». Beaucoup d’anciens manuels scolaires l’ont paraphrasé, il n’existait ni ville, ni village, seulement des huttes isolées, bâties sur des monticules et reliées entre elles par d’étroits sentiers. Ces habitants cultivaient le seigle, l’orge ou l’avoine et se nourrissaient habituellement de pain et  de laitage. Ils passaient beaucoup de temps à la chasse, à la pêche, et dans les exercices militaires. Les Belges aimaient la liberté, ils étaient braves, généreux, hospitaliers, mais aussi querelleurs, et passionnés par le jeu et la boisson.

La « question » celte

Le misérabilisme de beaucoup d’historiens du XIX siècle a renforcé l’image rustique du « barbare », vivant près de la nature, avec comme seule contre partie un mode de vie plus « moral », loin de la décadence du conquérant romain. Les erreurs celtomanes ou « germanomanes » s’expliquent aussi, comme nous allons le voir, dans des dérives idéologiques modernes manipulant la réalité historique pour glorifier Romains et Germains aux dépens des Gaulois. A qui profite le crime ?

Il profite tout d’abord à l’Eglise catholique et romaine car elle s’est toujours voulue l’héritière de la Rome antique. Le Pape  étant devenu, à la fin de l’Empire romain, le jumeau spirituel de l’empereur.

Il profite à l’Etat laïc ensuite, car il retrouve dans la romanisation de la société celtique et la grandeur de l’administration romaine, le modèle, les vertus et la justification de son propre pouvoir centralisateur.

Il profite enfin à des idéologies racistes glorifiant les Germains comme les plus purs représentant des aryens blonds aux yeux bleus et les opposants aux Celtes de Gaule, vus comme amollis et métissés. En 1860, un Professeur de l’Université de Gand, membre de l’Académie royale de Belgique, du nom de Moke considérait qu’il n’y avait en Belgique qu’une race, blanche, pure et dominante, dont les Germains seraient les meilleurs représentants du fait qu’ils sont  (toujours selon cet auteur) doués d’un ordre social et d’une religion proche du monothéisme Toujours selon lui, les Germains possédaient la « première base de la constitution de l’Europe germanique »  qui était l’élection du « chef » par le peuple. Moke considérait que les Germains « conservaient l’ensemble des grands principes de vertus qui avaient fait pour les peuples purs la base religieuse de la vie humaine, le flambeau civilisateur était bien dans les mains du peuple blond par excellence. » Et, pour Moke, l’ajout de dieux tels que Wotan, Thor ou Donar serait une altération de leur religion primitive. Pourtant, on savait déjà à cette époque que l’organisation sociale et les croyances des Celtes de Germanie ne différaient pas beaucoup de celles des Celtes de Gaule.

Malgré leur absence de base historique, les idées de Moke allaient malheureusement faire leur chemin. Continuons à en démonter le mécanisme pervers. Ch.Vercamer, ancien préfet des études et professeur de rhétorique, auteur du « Catéchisme de morale universelle (Paris 1867) et de « l’Histoire » (depuis les temps les plus reculés jusqu’en 1880) du Peuple Belge et de ses institutions racontées à la jeunesse(1880) relance l’idée de la barbarie des Germains, mais en la magnifiant et en l’excusant par la jeunesse de ce peuple. Le barbare est donc un grand enfant, exubérant, destructeur peut-être mais qui pèche uniquement par ignorance, ce qui explique que, lorsque les missionnaires viendront l’évangéliser, il sera prêt à se convertir au christianisme.
Les martyrs païens de Werden, ces Saxons qui préfèrent la mort au baptême de Charlemagne en sont un contre exemple flagrant.

Cette idée d’enfance liée au Barbare sous-entend que d’autres peuples (comme les Romains) sont entrés en décadence du fait de leur trop grande durée. « Il en est d’un peuple comme d’un simple particulier tous deux ont leur enfance, leur jeunesse, leur âge mûr et leur vieillesse. » D’où la conclusion que l’arrivée providentielle du barbare va pouvoir « régénérer »l’Empire romain. Qui était près de passer par toutes les phases d’une vieillesse décrépite, pour disparaître ensuite.
Pour Vercarner, les Belges sont des Celtes, mais régénérés par l’arrivée de plusieurs vagues d’émigrants germains (toujours cette obsession de la supériorité de la « race » germanique vis à vis de la « race » celtique ), et il en déduit que les Germains (c’est-à-dire les Belges redevenus majoritairement Germains.) ont été choisis par la « divine  Providence » pour régénérer les peuples arrivés en stade final comme Rome. Idée osée sous-entendant que le Saint Empire romain germanique serait la continuation de l’Empire romain, l’évolution étant achevée lorsque l’empereur unirait en une seule personne César et le Pape.
« Le Germain, ce barbare rustique, qui préférait l’air libre de la campagne, qui s’établissait sur les bords d’un ruisseau ou dans tout autre site pittoresque, pour y vivre des produits de la chasse, de la pêche et de quelques travaux agricoles…sortis de leurs forêts vierges, formés à l’air pur des champs, loin de l’atmosphère infecte des grandes villes, ils excitèrent l’admiration, tout à la fois, par leur audace  belliqueuse qu’exprimait le feu de leurs regards, et par leurs vertus…Voilà pourquoi ils furent choisis par la Providence, non seulement pour détruire un empire exécré, mais pour infuser un sang jeune et nouveau aux peuples que Rome avait corrompus, et pour sauver ainsi la civilisation, qui a donné naissance aux nations fortes et viriles des temps modernes. » (Ch.Vercarner).

Cette approche germanophile qui cherche à « germaniser » une partie de la Belgique (mais aussi de la France avec l’Alsace Lorraine), correspond à l’expression d’un courant de pensée nationaliste allié à l’obsession morbide de la pureté de la race qui s’exprimera malheureusement à travers différentes guerres (1870,1914,1940).

Et, à côté des « germanophiles », on trouve symétriquement des celtomanes dont le délire interprétatif est tout aussi condamnable. Ainsi peu après la première guerre mondiale, Nève, licencié en sciences morales et historiques, publie « Deux mille ans de l’Histoire des Belges » (1924). Il montre que l’industrie et les relations commerciales étaient prospères avant la conquête romaine, l’abondance du monnayage d’or chez les Nerviens, les Trévires, les Morins…fournit en effet la preuve de l’intensité de la circulation monétaire et de l’extension des relations économiques des tribus belges. Les pauvres Belges qui ne cultivaient que quelques pauvres lopins de seigle et d’avoine ne sont plus des barbares avinés, tuant le temps et leurs semblables dans d’interminables banquets. Ces Belges-ci, sont magnifiés par rapport aux populations néolithiques auxquelles ils ont succédé. Ce sont de grands civilisateurs, joignant l’exploitation des richesses d’un sol fertile à une meilleure rentabilité.

Physiquement le pays a subi la même transformation, la même idéalisation : les forêts entrecoupées de marécages sont décrites cette fois comme une vaste région couverte d’un océan de verdure donnant à la Belgique un visage doux et majestueux, mêlant jolies rivières, fleuves indolents et opulente végétation forestière. Nève, oublie fort partialement les apports germaniques à la construction de la Belgique. Du « tout germanique » de Moke et Vercarner, on est passé au « tout celtique ». Pour Nève, les Belges sont les plus Celtes des Celtes et il fait appel à des historiens allemands comme Zeuss pour conforter ses théories. Zeuss : « Les Belges dans toute leur extension au temps de César, ne sont plus des Germains, les faire descendre d’une souche germanique est une fable. »

En 1936, une Histoire de Belgique , reprend les mêmes clichés sur des guerriers grands et blonds, braves et courageux, l’inévitable banquet, sans oublier les Druides cueilleurs de gui….Ce manuel, malgré ses insuffisances sera réédité et utilisé jusque vers 1950.

Tous ces livres s’adressaient au plus grand nombre  et servaient de références aux enseignants, ces manipulations de l’histoire nationale belge n’en sont que plus graves, même si leur contenu en fut souvent adapté, à l’évolution de la société, et/ou au groupe social considéré.  En 1995, Les grands Mythes de l’Histoire de Belgique (sous la direction d’Anne Morelli, chargée de cours à l’Université Libre de Bruxelles) consacre un chapitre aux anciens Belges et pourfend un certain nombre de ces mythes idéologiques.

De même , les auteurs font un parallèle très intéressant avec la colonisation des territoires américains.  «  Les tribus, toujours diabolisées, trahies par leurs frères de race, conquises dans le sang et mythifiée pour ne pas dire statufiées en modèles de bravoure et vertu guerrière : le courage des massacrés dédouanant les conquérants du sang versé… les indigènes sont ainsi brutalement vidés de leur identité et jetés dans le fleuve de l’histoire avec une sauvagerie que l’on connaît bien. »

Aujourd’hui beaucoup de scientifiques se démarquent de ces anciens discours de vulgarisation. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Il y eut des associations, tant en France qu’en Belgique, qui les cautionnèrent jusqu’au début du XX° siècle. Comme le rappelle Venceslas Kruta, « L’archéologie façonne ainsi peu à peu une nouvelle image, riche de révélations, et de détails, de l’ancien peuplement celtique. On ne peut qu’admirer le travail accompli et congratuler ceux qui en furent les artisans. »

Les Celtes du Nord et leur environnement

Malgré le peu d’informations, les sites étudiés confirment que les civilisations celtes se sont développées dans un paysage semi-naturel. Suite à l’analyse de sédiments prélevés dans la vallée de l’Escaut, au nord de Tournai, il se confirme que les forêts et cultures étaient présentes. Le pollen de céréales mélangé à ceux d’arbres comme les aulnes, noisetiers, hêtres, chênes, ormes, tilleuls, en témoigne. Mais, malgré la présence sporadique de pollen de céréales, on ne peut conclure à une prédominance d’une économie pastorale, les sites étudiés et la plupart des habitats étant situés dans des vallées peu propices à l’agriculture.
Quant aux zones basses marécageuses, proches des côtes elles sont restées, au cours des temps protohistoriques peu accessibles à l’homme.
L’économie pastorale consistait en l’élevage, du bœuf, cheval, porc, mouton, chèvre, chien et poule. La chasse ne paraît pas avoir eu une grande importance, bien que la faune sauvage fut sans doute encore nettement plus répandue et diversifiée qu’actuellement.
Quelques vestiges archéologiques correspondent cependant à des oiseaux, lièvres, castors, renards, cerfs, chevreuils et même un bison d’Europe.

Hainaut belge et l’Entre-Sambre et Meuse à l’époque de La Tène

Le hasard des travaux et l’intérêt des chercheurs locaux sont seuls à l’origine des découvertes. Malgré ce handicap, plusieurs observations peuvent être faites.
Puisque le bassin de l’Escaut était fortement cultivé, on peut en conclure, qu’il était plus peuplé que celui de la Meuse, essentiellement couvert de pâturages et de bois. C’est sur les riches terres limoneuses, principalement celles situées aux sources de la rivière la Dendre, que l’on a découvert les sites les plus nombreux.
Des fosses dépotoirs on livré parmi une céramique fort diversifiée du début de La Tène, des vases de luxe au décor peint en rouge et or ainsi que des coupes carénées qui peuvent être originaires de l’Oise ou de la Somme.
Les fusaïoles prouvent que l’on filait la laine.
Vers la fin de La Tène, il y eut un accroissement de la prospérité économique et de la population, ce qui se vérifie par l’importance circulation de monnaies nerviennes. Certaines fouilles ont permis de recueillit un nombre impressionnant de vestiges matériels : fers de lance, coutelas, longues épées (avec leurs fourreaux), tisonniers, faux, haches à douilles, le tout dans un remarquable état de conservation. Le site livra aussi un demi-torque en or.
Fait notable : les techniques et les traditions cultuelles d’avant la conquête ont survécu bien longtemps après. Des poteries imprégnées de formes gauloises, des chenets à tête de bélier ou de cheval, ont été retrouvés dans des sites romains, ce qui témoigne de la persistance de croyances religieuses liées au culte du foyer.

Nécropoles et rites funéraires

La plupart des nécropoles sont datées de la fin de La Tène ancienne au début de La Tène finale et sont concentrées dans le bassin de la rivière la Haine, où les sites d’habitat ne sont pas très nombreux. Deux tombes à char, ayant probablement dû appartenir à un ou plusieurs riches guerriers, renfermaient des anneaux de rênes et des goupilles d’essieux ornées d’un masque humain proche de productions d’Europe orientale. Le char de combat ou de parade à deux roues, était du type de celui du début de La Tène, tels ceux trouvés en Champagne et dans les Ardennes belges. Ces deux sépultures font partie d’un groupe de tombes à char de La Tène moyenne et finale située de part et d’autre de la frontière franco-belge. Tout ceci indique la présence d’une aristocratie gauloise dans cette région, qui, pour maintenir son train de vie, entretenait des échanges complexes avec les Celtes plus à l’est.

Le trésor de Frasnes-Lez Buissenal dans le Hainaut belge

Il fut trouvé, le 5 février 1864, près d’une source appelée « Fontaine d’enfer ». Il était composé d’une cinquantaine de pièces de monnaie en or et accompagné de deux torques. Après maintes pérégrinations, ils furent vendus en 1953 à un collectionneur New-yorkais…De la cinquantaine de pièces de monnaie en or initiale, il n’en restait alors que neuf. Les torques, probablement un dépôt votif de –200 environ furent exposés au Metropolitan Museum of Art de New York. Leur décor est fait de motifs géométriques, d’une tête de bélier surmontant un corps serpentiforme et terminé par un bec de rapace, une des variantes des gardiens de l’Arbre de vie. Ces motifs, ainsi que le cheval à tête humaine, sont des inventions purement celtiques vers –300, où ils ornaient couramment les fourreaux  d’épées.

Les deux Flandres

Le paysage a aujourd’hui fortement évolué, transformant radicalement la topographie de la période de La Tène. A l’époque, des dénivellations sableuses et sèches entre les zones humides, permettaient la concentration d’habitats et de nécropoles, qui date de La Tène, moyenne et finale.
L’habitat de La Tène ancienne, est relativement dense, on a retrouvé plusieurs sites qui appartiennent à des niveaux plus élevés de l’échelle sociale et économique, agriculture et élevage. Le travail textile s’est généralisé. (fusaïoles, pesons) A La Tène moyenne, plusieurs sites peuvent se rattacher aux fermes indigènes du Nord de la France.
Quelques sites côtiers en Flandre occidentale, pratiquent l’activité saunière, par briquetage. L’exploitation se poursuit durant toute La Tène en Flandre sont relativement grandes, elles pouvaient comporter plus de cent tombes, l’incinération se généralise, associée à la pauvreté des offrandes funéraires. A cette époque, il n’y a pas (ou très peu) de différence notable sur le plan économique, social ou sexuel. Ces nécropoles peuvent être accompagnées d’enclos, et ceux de taille relativement importante sont peut-être les témoins du monde sacré dans nos contrées.

Fortifications celtiques dans l’Ouest de la Belgique

Les forteresses de La Tène sont nombreuses, et presque toujours situées en hauteur.
Les fouilles archéologiques du Mont Kemel ( dans le bassin de l’Escaut, Flandre) ont révélé, vu l’abondance des vestiges, la nature aristocratique des occupants du lieu. Ces habitants commerçaient aussi bien avec le monde celtique qu’avec le monde méditerranéen. Mais, c’est le  bassin de la Meuse au relief accidenté, qui recèle encore plus de forteresses celtiques.
En effet, les promontoires élevés aux flancs infranchissables et à l’accès protégé par un puissant rempart dont la longueur variait de 10 mètres à plus d’un kilomètre, appartiennent aux modes de constructions élaborés qui se retrouvent dans toute l’Europe tempérée.
La construction de tous ces sites exigeait de multiples compétences techniques, même si la forteresse n’était pas occupée en permanence. Les habitants alentour ne s’y réfugiaient qu’en cas de danger, se retranchaient dans la forteresse. Ces populations étaient très bien organisées vu la complexité des barrages et enceintes et la masse des matériaux à déplacer.

Les rites funéraires laténiens en Ardennes belge

A l’arrivée de populations de la région du Rhin moyen  (Hunsrûck-Eifel), de la Champagne ou de l’Ardenne Française, la contrée ne semblait pas avoir été occupée, ce qui permit aux nouveaux habitants de conserver, leurs rites et coutumes. Ces populations se distinguent des groupes qui occupaient le reste de la Belgique à la même époque, mais ils ne sont connus que par leurs cimetières, car les habitats sont difficiles à découvrir.
Leurs coutumes funéraires et les pratiques de l’inhumation sont uniques dans régions. La richesse des sépultures accrédite la thèse que ces populations connaissaient un niveau de vie largement supérieur au restant de la Belgique.
Les nécropoles au nombre de 150, couvrent la crête ardennaise, sur une distance de 75 km et une largeur de 20 km. Elles sont généralement boisées et plus au moins rapprochées de sites cultivés. Une cellule familiale ou autre l’occupait. Les morts étaient soit inhumés soit incinérés. Des empreintes de roues associées à celles des sabots de chevaux sur les deux chemins qui menaient aux nécropoles, peuvent nous faire supposer que les vivants se rendaient régulièrement auprès des tombes.
Les vingt et une tombes à char présentent de multiples analogies avec celles de Champagne, elles étaient l’apanage d’autant d’hommes que de femmes. Les torques (lisses ou torsadés) et des bracelets (toujours en bronze) composaient l’essentiel des parures. Pour les armes, les lances et les javelots prédominent. La découverte, dans plusieurs sépultures féminines d’une trousse de toilette comprenant (dans certains cas) une pince à épiler et une curette auriculaire démontre une certaine sophistication  de leur niveau de vie.

Nécropoles et tombes aristocratiques dans le Limbourg belge

Les tombes de Wijshagen et d’Eigenbilzen, démontrent par leur mobilier funéraire extraordinaire que la région mosane (dans le nord-est de la Belgique) occupait une place importante à l’époque de La Tène. Elles se raccordent aux riches tombes hallstattiennes en Autriche et en Allemagne ou à la sépulture de Vix en Bourgogne. La présence d’une corne à boire ornée d’un bandeau ciselé en or, montre que le seigneur d’Eigenbilzen fut membre de la plus haute aristocratie de l’époque. La Zone rhénano-mosane et la zone mosane belgo-hollandaise semblent avoir constitué un couloir d’échanges entre les cultures et les productions des Pays-Bas, de l’Allemagne, de celles du nord de la France en passant par la vallée de l’Escaut, et celles du groupe « Rhin/Suisse/France orientale ».
La classe aristocratique était composée de riches propriétaires terriens, qui contrôlaient des axes commerciaux et/ou des mines d’or ou de fer. Quant aux seigneurs de Wijshagen et d’Eigenbilzen qui étaient établis dans une région sans richesses minières particulières, ils devaient tirer leur prospérité du contrôle d’un couloir d’échanges commerciaux.

Un « fait divers tragique »

Le site de Nekkersspoel sur le cours de la rivière la Dyle, en territoire nervien, était constitué de huttes rectangulaires, bâties en bordure d’un étang assez étendu. Pour les transports et les déplacements, la population employait des longues pirogues (près de 8,5 m ) creusées dans un tronc de chêne. Ces habitants pratiquaient l’élevage de bovins de petite taille, de chevaux, de porcs, de chèvres et chiens, ainsi que la culture des céréales. La récolte de fruits sauvages complétait leur menu quotidien. Quand l’attaque eut lieu, les habitants vaquaient-ils à leurs occupations ?Vendetta, groupe ennemi ? Nul ne le saura, la fin fut dramatique en tout cas. Trois ou quatre adultes, un adolescent, un ou deux enfants sont tombés à l’eau, probablement lors de l’attaque. Et, parmi les décombres des huttes détruites par l’incendie, les archéologues retrouvèrent des squelettes côtoyant des planches de pin et des objets d’usage quotidien.

Asse Borgstad

Pour terminer, évoquons un site d’une  grande importance, sur lequel, faute de moyens sans doute, personne ne semble prêt à reprendre des fouilles approfondies. Le site du Borgstad est situé en territoire nervien, à l’extérieur du bourg de Asse, à 8 km. De Bruxelles, entre les rivières Senne et Dyle. C’est un oppidum de 42 hectares, il est relié à Bavay par une chaussée romaine tirée au cordeau, qui, dans l’autre sens, continuait dans la direction d’Utrecht.
Cette forteresse fut considérée pendant des années comme un camp de l’époque romaine sous la dénomination de « camp de Quintus Ciceron » (un des lieutenants de César durant la Guerre des Gaules)
Mais des fouilles archéologiques montrèrent que c’était un « éperon barré » remontant à l’âge de La Tène. Et la Société d’archéologie-Romana conclut : «  Etant donné sa superficie, environ 42 hectares, le site fortifié du Borgstad à Asse constitue un des plus grands oppida du pays et provisoirement le plus grand de la moitié nord du pays.
Comme le montre le niveau à silex que nous avons découvert sous le niveau à céramique, le site a été occupé à l’âge de la pierre, vraisemblablement au néolithique final. Il n’est pas encore démontré, mais il n’est pas exclu non plus qu’il y ait eu au Borgstad…une fortification du Bas-Empire, un burgus du III° ou un castellum du IV° siècle…Seules des fouilles systématiques et menées jusqu’à épuisement du sujet, pourraient apporter des réponses valables à ces questions ».
Si les populations vivaient dans des sites ouverts et se réfugiaient en cas de danger dans la forteresse refuge, d’où pouvait provenir un groupe d’une telle importance pour se réfugier dans un site d’une telle superficie ? Dans les environs immédiats ou plus lointains de la forteresse il n’y a aucune trace d’habitats laténiens.
La réponse repose peut-être dans quelques champs des environs.

En conclusion

Nous citerons les propos de M.Riquet (l’adjoint au Maire de Valenciennes) dans la préface du catalogue de l’exposition de 1990-1991 Les Celtes en France du Nord et en Belgique du VI/I siècle avant J.C. : « …nous redécouvrons (ainsi) leur culture (celtique) différente, mais d’une modernité surprenante, et où nous retrouvons aussi nos vraies racines. »
Le progrès de nos connaissances linguistiques ont aussi prouvé que les populations côtières de la Flandre et des Pays-Bas, ont su conserver malgré la présence romaine leur langue celtique jusqu’au V°.VII° siècle, avant d’être finalement germanisées. De même, la présence celtique est archéologiquement prouvée à Domburg/Zeelande, on y a trouvé les vestiges d’un temple consacré à la déesse celtique Nehalennia suite à une violente tempête qui détruisit une partie des dunes littorales. Cette Celticité s’appuie aujourd’hui sur des découvertes historiques et archéologiques qui excluent les dérives nationalistes précédemment évoquées et dénoncées. Sous cette forme, elle pourrait désormais être utilisée pour donner une dimension au moins culturelle à la communauté économique européenne.
Et, pour en revenir, au « barbare », on peut voir que  cette notion n’est pas liée à une contrée, une époque ou une civilisation. Elle se retrouve en écho démultipliée dans la description de « l’autre », telle qu’elle existe dans l’esprit de celui qui juge et rejette le « sauvage » qu’il soit « bien de chez nous », ou qu’il vive en Afrique, Amérique ou en Asie.

Georges Timmermans

 

Bibliographie

– Mme. Cahen-Delhaye, Occupation du sol en Hainaut Belge et dans l’Entre-Sambre-et Meuse.
– Mme Cahen-Delhaye, Fortifications celtiques et gauloises dans l’Ouest de la Belgique.
– Mme Cahen-Delhaye, Nécropoles et rites funéraires dans le Hainaut belge et dans l’Entre-Sambre-et-Meuse.
– M. Bourgeois, Occupation des sols et dispersion de l’habitat dans les deux Flandres.
– M. Bourgeois, L’habitat au Second Age du Fer dans les deux Flandres.
– M. Bourgeois, Nécropoles et « sanctuaires » de La Tène en Flandre.
– M. Mariën, L’empreinte de Rome.
– Ch.Vercamer, L’Histoire du Peuple Belge et de ses Institutions depuis les temps les plus reculés jusqu’en 1880, Bruxelles, Chez Decq, 1880.
– H.G. Moke, La Belgique Ancienne et ses origines gauloises, germaniques et franques, Lebrun – Devigne, Gand , 1860 ; Histoire de La Belgique, Bivort – Crowie, Gand, 1843.
– F. Nève, Deux Mille Ans de l’Histoire des Belges, Librairie de Lannoy,  Bruxelles, 1924.
– G.Thaon, Précis de l’Histoire de Belgique à l’usage des écoles primaires tiré des meilleurs auteurs, Deprez-Parent, Bruxelles,1838

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Written by GEDEØN

11 novembre 2009 à 16:25

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